Qui était Anny Blatt ?


Nous avons confié à Inès, notre historienne préférée, le soin de retrouver les traces de la créatrice
et de reconstituer son histoire. D’archive en archive, s’est dessiné le destin hors norme
d’une femme libre, inventive et douée, née à Mulhouse en 1910.

Dès les années 30, Anny Blatt modernise le vestiaire féminin

Anny Blatt, c’est d’abord une jeune femme, qui, dans le Paris des années 1930, crée une maison de haute couture spécialisée dans la confection de « vêtements à l’aiguille ».

À 23 ans, secondée par sa mère qui dirige les ateliers, elle s’installe rue du Faubourg-Saint Honoré. Sa première collection est saluée par la critique : le magazine Vogue fait paraître ses créations à 5 reprises pour la seule année 1933. D’emblée, elle modernise le vestiaire féminin en proposant des « sweaters de ville », des vêtement en maille de laine qui offrent le confort des tenues de sport tout en renouvelant le chic urbain.

En un mot : elle libère le mouvement sans compromettre le style, accompagnant l’élan d’émancipation féminine apparu dans les Années Folles.


« Il n’est pas de saison où elle n’apporte des idées étonnamment nouvelles. Sa collection d’automne et d’hiver fait apparaître de nouvelles laines mélangées de fils de soie : mélanges grâce auxquels elle obtient des effets de teinture très personnels. »

Le Figaro, 14 Octobre 1937

La laine, matière noble.

Anny Blatt s’intéresse aussi à la matière première. Elle crée en 1935, entre deux séjours à New York, une deuxième société : « Les laines Anny Blatt ».

Les pelotes qu’elle fait fabriquer, estampillées à son nom, sont vendues dans une boutique ouverte 112 rue Réaumur, au cœur du quartier parisien dédié à la confection textile. Elle crée son propre fil, qu’elle baptise « fil week-end » et dispense des cours de tricot à ses premières clientes.

Elle conçoit des modèles haute Couture à faire soi-même dont les instructions paraissent dans les plus prestigieux magazines féminins.

Bref, en à peine deux ans, elle jette toutes les bases de notre activité.

Anny Blatt « a trouvé la formule du tricot-main appliqué à la haute couture, grâce à laquelle elle traite ses panneaux tricotés avec la même sûreté et la même aisance qu’un couturier le ferait avec ses tissus »

« Les modes nouvelles »,
La Petite Gironde, 26 mars 1935.

Un pied à Paris, l’autre à New York

Anny Blatt n’a pas froid aux yeux. Dès 1934, elle se rend aux États-Unis pour lancer sa marque et étudier la possibilité d’y installer une filiale. Anny Blatt devient la chouchou des élégantes Américaines, qui raffolent de ses créations. Le New York Times la qualifie, dans un article paru le 13 octobre 1935, de « pionnière de l’aiguille » !

Au fil des années, elle revisite les « indispensables » de la garde-robe féminine avec des mailles toujours plus légères, dans des coloris extrêmement raffinés.

Découvrir le style Anny Blatt.

Arrive la guerre.


Anny Blatt étant de confession juive, son entreprise est aryanisée dès 1940.

Pour ne pas tout perdre, la créatrice la confie à son associée qui, loyale, la lui restituera en 1945.

L’activité de la marque continue sous l’Occupation malgré la situation.

Après guerre, Anny Blatt s'affirme dans la Haute Couture.

En 1945, Anny Blatt revient sur le devant de la scène haute couture et participe cette année-là aux côtés d’Hermès et de Van Cleef & Arpels, à une exposition itinérante organisée par la chambre syndicale de Couture parisienne. L'exposition ira de Londres à New York présenter les modèles de ces grandes maisons.

En 1946, comme pour sceller ses retrouvailles avec le monde du luxe, Anny Blatt lance un parfum à sa marque :« Anny Blatt n°1 ».

Reconnue par ses pairs et par les plus grands journalistes de mode, Anny Blatt continue d’affirmer sa singularité : des vêtements en maille élégants et légers, confortables, faciles à porter. La légèreté devient son obsession.

En 1953, elle crée une robe du soir qui ne pèse que 180 grammes ! La chroniqueuse mode du Monde résume parfaitement les choses : Anny Blatt est une « magicienne du tricot » !

1968 : changement de main.

En 1968, Anny Blatt vend sa maison à un grand groupe textile, Hervillier, installé dans les Hauts-de-France, qui affirme ainsi un positionnement résolument haut de gamme.

La créatrice s’efface, la ligne de vêtements de haute couture est arrêtée. Désormais, ce sont uniquement la laine et les pulls qui porteront le nom de la créatrice.

Un catalogue dédié au tricot parait alors tous les deux mois : Anny Maille, propose aux lectrices toutes les instructions nécessaires pour réaliser les modèles de la marque.

Le succès est au rendez-vous. À partir de 1983, Hervillier fait même travailler près d’une centaine de stylistes pour être en mesure de présenter à chaque numéro des modèles inédits, à la pointe de la tendance !

Le succès des années 80


Les pulls Anny Blatt sont des articles de luxe, portés par des ambassadrices de l’époque tout à la fois indépendantes et actives, glamour et rock comme la journaliste politique Anne Sinclair ou encore la top model Linda Evangelista.

Son extrême douceur fait du pull Anny Blatt, souvent porté à même la peau, un attribut de sensualité.

"Créez votre séduction !"

En 1985, Serge Gainsbourg signe la réalisation et la musique originale d’une campagne de publicité pour la télévision.

Les spots font apparaitre une femme, un homme, un pull qui joue tour à tour l’appât et l’obstacle, une musique sensuelle et un slogan génial :

« Créez votre séduction ».

Le pull Anny Blatt est le must-have de l’époque.

Découvrir les publicités de l'époque

Fin des 80's : le fil à tricoter n'est plus à la mode

La fin des années 1980 marque le déclin du fil à tricoter. On ne tricote plus : plus le temps, plus la patience.

L ’Asie du Sud-Est devient l’usine du monde, entrainant la disparition en France des métiers de la confection et tout un pan de l’industrie textile.

En 1991, Anny Blatt est rachetée par la filature Pierre de Loye, située dans le Sud de la France, à Sérignan du Comtat.

La marque se maintient, avec des catalogues qui sortent quatre fois par an. Mais la filature en situation délicate depuis longtemps, finit par fermer ses portes en 2019.

 

La renaissance.


L’histoire d’Anny Blatt aurait pu s’arrêter là. Mais c’était sans compter notre intérêt pour cette matière extraordinaire qu’est la laine.

En 2020, nous rachetons la marque et toutes ses archives.

Il y a alors cette folle envie de la faire renaître, de proposer une mode plus durable, et ce pari, tout aussi fou,
qu’Anny Blatt n’a pas dit son dernier mot…

Marion Carrette, Présidente Anny Blatt.

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